23.07.2008
L'ARTISTE PARLE DE SON OEUVRE


La meilleure définition de ce que je fais, c'est "art maigre", très très maigre même... on n'est pas loin des 0% de matière grasse :1 : pas de modèle, moi et quelques objets de mon environnement, c'est tout.
2 : pas d'appareil photo, juste mon dernier téléphone portable.
3 : pas de lumière ou presque, de toute manière je suis photophobe...
4 : pas de travail non plus, c'est mon imprimante qui crache les tirages pendant que je tourne mon petit café du matin... je trouve ça magique...
A l'arrivée j'obtiens des photos un peu bizarres, à l'extrême frontière entre vivant et inanimé...
Le support d'impression ajoute de la vie de manière surprenante, surtout le papier de
verre, il apporte une texture veloutée, pas loin du grain de la peau...
Mes photos sont tellement simples, juste du noir opposé à une autre couleur, que l'idée du pochoir m'a vite titillée...
Le macadam est une matière aussi magique que le papier de verre, il réagit superbement à la craie, fait étinceler le sel de cuisine, l'interaction des deux est d'une sensualité étonnante, en plus un pochoir à la craie ou au sel est plus respectueux de la loi et de l'environnement que celui exécuté avec une bombe... toujours cette tendance au 0% de matière grasse qui revient, comme le naturel, au galop !
Il y a évidemment un petit revers à la médaille : mes pochoirs sont tellement biodégradables que les passants n'ont que quelques heures pour les voir... et comme en plus c'est beaucoup plus fatigant de frotter de la craie que d'appuyer sur le bouton-poussoir d'une bombe de peinture, je ne risque pas de lasser mon public !
Quoique démarrant de photos, je ne suis pas photographe. Je serais plutôt imagier comme on pouvait le dire au Moyen Age. Car l'interaction entre la photo (l'image) et le support choisi pour l'impression est essentielle. Aucune reproduction, aucun film ne rend la réalité de l'objet. Par ailleurs, si la photo est reproductible à l'infini dans son principe, chacune de mes images est un objet unique : le support, le format (je n'ai pas réalisé d'image supérieure à 84x119 cm pour le moment mais cela viendra quand les conditions d'exposition s'y prêteront), la quantité d'encre restant dans la cartouche, l'angle d'introduction de la feuille... tous ces paramètres concourent à rendre chaque tirage
différent de l'autre...
Pour résumer je crée de grands voire très grands objets plats et rectangulaires dont la matière est aussi importante que les couleurs : cette matière, on peut, on doit même la toucher, cela fait partie de l'approche de l'oeuvre... comment feront les musées le jour où ils auront acquis un Caroline de Kergariou ?
Je suis donc artiste visuel, mais artiste visuel myope, faut-il le préciser ? Le myope obtient en effet du monde une image très différente, extrêmement synthétique : tous les détails sont balayés, il reste la charpente, l'axe, le vecteur du mouvement.
Ayant commencé, par jeu (pure perversité ?), par m'autoqualifier d'artiste contemporain (sachant évidemment que j'étais un artiste actuel ce qui n'est pas la même chose), je trouve plus drôle et plus pertinent à la fois de me définir aujourd'hui comme artiste postcontemporain. Le terme existe, il n'est pas encore défini de manière univoque. Pour moi l'artiste postcontemporain est celui qui a encore la fraîcheur (l'outrecuidance ?) de faire de l'art après le passage du bulldozer de l'art contemporain (celui qui a déclaré la mort de l'art ou du moins de la représentation...)...
L'ART POST CONTEMPORAIN est celui qui revendique la sensualité et évacue le discours (il existe une corporation spéciale pour cela, je suis bien placée pour en parler puisque mon autre activité est justement l'écriture) ! Mais sans aucune naïveté puisqu'il a bénéficié de toutes les leçons de l'art contemporain.

Quant au pochoir, l'envie de délivrer un message politique furtif dans une société éminemment répressive m'est tout-à-fait étrangère (d'abord nous ne sommes pas en Chine ou en Corée du Nord, ensuite l'efficacité de ce type de media me semble douteuse, enfin ai-je vraiment un message aussi important que bref à transmettre à mes contemporains ?) aussi ne passé-je pas mes nuits à bomber les trottoirs de Paris. Mes interventions sont au contraire de l'ordre de la performance artistique, généralement filmées et terriblement volatiles. Le pochoir qui s'expose en galerie, je le fais sur des matériaux très contemporains et non sur ce qui fleure bon le XIX° siècle, bois de palissades, toiles... je le fais aussi sur gâteau au chocolat et j'ai dû mettre en ligne le texte suivant pour couper court à toutes manoeuvres d'intimidation ou de corruption :
L'artiste confirme garder secrète la recette du gâteau au chocolat qu'elle détruit lors de ses performances (cette recette est jalousement conservée dans une banque suisse réputée inviolable) par contre elle consent à révéler que le glaçage en est constitué à 50% de chocolat et 50% de beurre salé (et breton bien évidemment) : oui mais alors, peut-on encore oser parler d'art maigre ?
Je suis donc un artiste complet, non seulement visuel mais aussi manuel quand je me livre à de rares mais mémorables performances. Les films mis en ligne sur ce blog consoleront peut-être ceux qui n'ont pas eu la chance d'y assister en live. De plus ils sont assurés de ne pas prendre un gramme !



Je suis également et avant tout un artiste punk, qui fait du simplissime avec les moyens du bord...
Pour terminer une petite visite éclair dans une expo
13:40 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gateau chocolat, fin de l'art, mort de l'art, art contemporain, postcontemporain, oeuvre à détruire, beurre salé





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